Ce qui nous relie

#lundid’après. 16 novembre 2015 //

Les bougies laissent place au jour qui se lève. La ville reprend son souffle. Je croise des visages hébétés, d’autres déterminés, d’une présence qui semble nous relier les uns aux autres. Sur fond de fraternité. Comme s’il nous fallait autant d’événements tragiques pour nous rassembler, nous faire sentir à quel point la vie est précieuse.

Comment passer à autre chose ? Comment reprendre le fil d’une vie laissée en suspens un vendredi 13 ?

Les priorités se redessinent. Certaines urgences passent au second plan. Comme un besoin de revenir à l’essentiel. Remplir un vide sidéral.

Chaque drame de cette ampleur provoque un raz-de marée de nos émotions. Remuant les tréfonds de nos ressentis, ravivant les plaies de nos chagrins, pertes et douleurs enfouies. Chacun réagit avec ce qu’il est.

Respectons là aussi nos différences.

Entre fébrilité et détermination. Les uns se réfugient dans le silence, d’autres ont besoin de s’exprimer, écrire, parler, partager. Une envie de s’unir, de se souder, d’agir collectivement.

Le mot solidarité reprendrait-il du sens ? Un sens plus palpable. Puisse-t-il prendre de l’épaisseur dans notre quotidien. Dans de grandes mais aussi plus discrètes actions, envers nos proches, nos voisins, nos relations de travail. Donner un sourire, une parole qui réchauffent, une oreille qui accueille. Sans rien attendre en retour. Je crois en la puissance de ces actes simples, en la nécessité de réhabiliter ces dons gratuits, premiers maillons d’une chaine de solidarité.

Et si les réseaux sociaux drapent les visages d’un nouvel étendard aux couleurs bleu blanc rouge, je crois surtout qu’il est important dans ces moments là de ne pas se laisser happer par une marche à suivre qui peut nous être dictée ici et là. Se poser la question pour soi et en soi, de ce que cela fait résonner, de ce qui sonne le plus juste.

Je n’afficherai pas ce drapeau. Je pense à toutes les familles meurtries, aux victimes de Paris mais aussi à toutes celles du monde entier qui tombent sous les coups de barbares.

Ceux dont la vie est fauchée, ceux qui s’en sortent avec des cicatrices indélébiles au corps et au cœur.

La vie est fragile
La vie est précieuse
Nous ne sommes riches que de ceux que nous aimons
Honorons la vie !

***

« Quand la vie tourne au froid, je vais chercher dans les livres des poètes de quoi poursuivre mon vol.
Ce ne sont pas les poètes qui comptent – c’est le vol. »

Christian Bobin

***

Pour que ce poème de Charlotte Delbo,
affiché dans le métro en 1996, continue de voyager

Je vous en supplie
faites quelque chose,
apprenez un pas,
une danse,
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d’être habillés de votre peau, de votre poil
Apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.”

2017-06-26T13:26:46+00:0016 novembre 2015|0 commentaire

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