Lever le tabou de la maladie en entreprise

S’il est un tabou en entreprise, c’est celui de la maladie. Pas glamour, pas vendeur ! D’autant plus lorsqu’il s’agit de maladie au long cours, comme le cancer, le burn-out. Car aujourd’hui où les injonctions nous étouffent, autant il est valorisé d’être au top de sa forme, le sourire vissé aux lèvres dans un corps parfait, autant il est mal venu d’être en baisse de régime, voire hors circuit pour un temps. La maladie fait peur. Elle renvoie à tout ce que nous ne voulons pas voir, nos fragilités.

Si bien que lorsqu’elle nous met à l’arrêt forcé, nous ne savons comment l’annoncer au travail, entre gêne et culpabilité. Et les collègues ou managers, tout aussi confus, préfèrent éviter le sujet. Motus et bouche cousue…

La maladie, une perte d’équilibre

Pourtant, quoi de plus naturel que la maladie ? N’est-elle pas le signal criant d’une perte d’équilibre intérieur ? Qui nous nous rappelle que nous ne sommes pas des robots.

Dans un contexte de plus en plus exigeant, notre corps et notre mental tournent à plein régime. Pourtant, la nature est bien faite. Notre corps nous envoie des alertes pour nous inviter à ralentir. Des symptômes comme autant de messages, sous forme de fatigue, perte de sommeil, douleurs… D’abord légers, ils vont aller en s’accentuant jusqu’à ce qu’on les entende. Sauf que nous avons du mal à lever le pied.

Jusqu’au jour où c’est la surchauffe. Tout lâche. D’un coup. Ou insidieusement, sans qu’on y ait prêté attention. Point de non retour. La chute est douloureuse et les dégâts parfois longs à colmater.

Rétablir le dialogue

Dans les entreprises, où j’interviens sur le retour au travail après maladie et notamment le cancer, je constate que la maladie met mal à l’aise.

Comment aborder la maladie au travail ?  Comment prendre des nouvelles d’un collègue en arrêt ? Entre crainte de le déranger, d’être intrusif ou de ne savoir quoi lui dire, beaucoup préfèrent s’abstenir. De son côté, la personne malade culpabilise d’être hors circuit et se demande si elle aura toujours sa place à son retour. Elle se met en retrait, se dévalorise et perd confiance petit à petit. Ce qui n’arrange rien à son état de santé.

L’entreprise essaie de trouver des solutions de remplacement durant l’absence. Puis se pose la question de la réintégration après un long arrêt ? Comment accueillir la personne ? Quoi lui dire ? Lui demander comment elle va ou bien supposer que si elle revient, c’est qu’elle va bien. Faire comme si… Et celui qui revient va faire bonne figure, tenir, assumer coûte que coûte, au risque de s’épuiser à nouveau. Alors que chaque petite attention pourrait lui permettre de reprendre le fil avec plus de douceur.

Il est temps de remettre de la simplicité dans les rapports humains au travail. Rétablir le dialogue. Car la santé des entreprises ne passe-t’elle pas par la santé des individus ?

(Ré)concilier travail et santé

L’entreprise a un rôle important à jouer dans le maintien et le retour au travail des personnes malades. La personne bien accueillie va prendre confiance, retrouver l’énergie. Si on lui permet d’exprimer ses besoins, de poser ses limites, d’adapter son poste, elle va se sentir soutenue et ainsi donner le meilleur d’elle-même. Tout le monde y gagne.

Des solutions simples sont proposées, au cas par cas, comme la reprise à temps partiel, les horaires aménagés, l’adaptation du poste. Garder le contact pendant la maladie et surtout anticiper, préparer le retour bien en amont.

Accompagner les équipes et les managers est également indispensable. Sensibiliser à ce que la maladie peut changer chez la personne. A la fois au niveau physique, mais aussi au niveau émotionnel, psychique et au niveau de l’identité.

La personne qui revient va tenter de montrer que rien n’a changé, qu’elle peut assumer son poste, que tout va bien alors qu’à l’intérieur, elle est souvent en proie à une profonde remise en question. Qui souvent la prend de court. La maladie impacte l’identité. Les priorités, les aspirations ne sont plus les mêmes, c’est pourquoi l’accompagnement dans l’après est essentiel.

Libérer la parole, lever le tabou sur la maladie est une nécessité car nous sommes tous touchés à un moment ou un autre de notre vie, nous-mêmes ou nos proches, à des degrés plus ou moins graves.

La maladie, source de valeurs

Accueillir la fragilité en entreprise, c’est aussi développer des valeurs de solidarité, d’écoute, d’ouverture. C’est envoyer un signal fort à ceux qui, touchés par des ruptures de parcours, n’auront plus à ronger leur frein et porter un masque à leur retour.

Nous sommes de humains, avec un corps unique qui nous sert toute notre vie. Pas des robots. Un corps de chair et d’émotions, piloté par une machinerie subtile qui a besoin d’attention. Des humains avec des rêves, des envies, des projets à réaliser, qui vont donner un sens à notre vie. Et pour cela, il est précieux de trouver quelle est notre source d’énergie renouvelable. Qui nous maintient en équilibre, en bonne santé lorsque nous avons ce sentiment de nous accomplir. D’être en lien avec les autres, avec notre environnement de façon harmonieuse.

C’est pourquoi dans mes interventions, nous travaillons sur 3 axes complémentaires qui sont la connaissance de soi, le (re)positionnement professionnel et la relation aux autres. Car on ne peut aborder solidement le projet professionnel, qu’en se (re)connectant à ses propres ressources et motivations, que la maladie a bien souvent redessinées. Et c’est en se reliant à soi, aux autres de façon authentique et sincère, que peut s’enraciner un projet nourrissant et source d’un nouvel élan.

* Photo Streetart Winwood Florida, 2014

Découvrez l’accompagnement proposé :

Retour au travail après cancer, maladie

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Béatrice Pasquer

Depuis 2004, j’accompagne les entreprises et les individus à un changement de cap, en réinvention ainsi que les personnes à un nouveau départ suite à une rupture de parcours, comme la maladie. Un engagement fort qui s’enracine dans mon vécu personnel et la conviction qu’il est temps de (ré)concilier travail et santé.  Lire +